La naissance de la mafia italienne

           La première "mafia" répertoriée dans l'Histoire mondiale, et non pas seulement dans l'Histoire italienne, n'est autre que la mafia sicilienne. Voilà pourquoi l'Italie tient une place importante dans la naissance de cette organisation criminelle secrète.

            Tout d'abord, pour retracer le commencement de la mafia, il est important de connaître l'étymologie du mot mafia ou maffia (les deux orthographes étant corrects) puisqu‘elle propose des définitions à ce mot et évoque également sa création. Il existe de nombreuses hypothèses sur le nom qui a été donné à cette organisation, elles présentent parfois un caractère invraisemblable par leur contexte historique mais aussi par un caractère légendaire qui paraît peu réel pour quelques unes.

            Deux de ces hypothèses se placent lors des Vêpres siciliennes de 1282. Lorsque Charles 1er, issu de la maison française d'Anjou et frère du roi de cette époque Louis IX, régnait sur le royaume de Sicile. Les paysans se seraient révoltés contre cette domination étrangère et aurait adoptés comme symbole de cette révolte le sigle M.A.F.I.A. qui signifierait "Morte Ai Francesi Italia Anela", en français "L'Italie aspire à la mort des Français". Mais ce sigle ne marque aucune pertinence historique, puisque même si les siciliens se soulevaient contre la domination française en Sicile, ce n'était que la Sicile et non pas l'Italie entière tel qu'il est exprimé dans ce sigle. Une autre légende est situé à la même époque : une mère aurait hurlé dans tout son village " Ma ffia, ma ffia", c'est-à-dire l'abréviation de "ma figlia" traduite dans notre langue "ma fille", après le viol de sa fille par un soldat français nommé Droetto. Cette expression aurait été propagé par la suite dans tous les villages siciliens et serait alors devenue le cri du mouvement de résistance sicilienne. Mais cette histoire ne peut être vérifié, et bien qu'on pourrait attribué à ce mot un caractère en opposition au joug que la France exerçait sur la Sicile à cette époque, cette légende pourrait très bien n'être qu'une attaque contre la France en critiquant ses hommes dits sans moeurs. De plus en sicilien ma fille se traduisait en "ma figghia" qui reste assez éloigné de l'abréviation qui était évoquée.

         Une autre théorie exprimée par différents historiens montrerait que ce nom serait une déformation de deux termes provenant de la langue arabe : "mu'afak" traduit en français par la protection des pauvres, et "maha" qui signifie "grotte de pierre". Puisque la Sicile a été sous l'influence musulmane avec les Maures au XIe siècle, les siciliens aurait repris une alliance des deux mots pour désigner l'organisation secrète et armée qui protégeait les pauvres contre les conquérants dès le XIIIe siècle. Ses membres, bien qu'ils soient représentés comme de nobles chevaliers par la population défendue, étaient évidemment critiqués par l'envahisseur et décrient comme étant habiles pour se cacher dans les cavernes c’est-à-dire à se dissimuler du gouvernement (que la Sicile soit sous une monarchie ou sous une République démocratique à l'égal du gouvernement italien actuel), d'où l'utilisation de ces termes arabes pour l'appellation de cette organisation.

           Cependant, l'hypothèse qui semble être la plus probable serait que le nom "mafia" a pour origine le terme toscan "maffia" (c'est la raison pour laquelle les deux orthographes sont acceptés) signifiant "misère" ou "ostentation voyante, orgueilleuse". Bien que ce mot appartenait à un dialecte différent du sicilien, il fut inséré dans le dialecte sicilien peu après l'Unification italienne de 1861. Le choix paraissait judicieux puisque l’appellation reprenait les deux définitions d’origine : la mafia voulait, en surface, combattre la misère et protéger les pauvres des forces supérieures, mais qu'elle le faisait plutôt à but lucratif et aimait alors montrer sa puissance par une attitude orgueilleuse ainsi que par une apparence "riche".

            L'expression "mafieux" qui désigne un membre de la mafia ou une personne ayant son apparence et son attitude, est pour la première fois évoquée grâce à la comédie "I mafiusi di la Vicaria" de Giuseppe Rizzotto et Gaetano Mosca dont l'action se déroule en 1854 parmi les camorristi, qui sont les hommes d'honneur, c'est-à-dire ceux qui ont adhérer à la mafia, détenus dans la prison de Palerme. Cette comédie populaire fut un grand succès et grâce à sa traduction dans différents dialectes d'Italie le terme mafiosi fut diffusé dans tout le territoire. La désignation "mafia" fut, quant à elle, cité officiellement dans un document réservé signé par le préfet de Palerme, Filippo Gualtiero, en avril 1865, elle est mentionné ainsi : "Maffia, o associazione manlandrinesca" traduit en français par "la maffia, ou association de malfaiteurs".

           Maintenant que l'origine du mot est démontrée, il me semble important de décrire la situation et la place qu'occupait la mafia à ses véritables débuts, après l'Unification italienne de 1860.

            Lors de cette période, la Mafia sicilienne, plus précisément appelée Cosa Nostra ("Notre Chose" en français), commence à s'institutionnaliser en créant de nombreuses règles rédigées dans le but de rassembler l'activité criminelle qui était auparavant dissoute et désordonnée : à partir des années 1860 la délinquance, le brigandage et le banditisme deviennent organisés. Elle réunit des hommes de mains grâce à l'opposition de nombreux hommes face à la mise en place du service militaire de 1861, ceux-ci se font recruter pour pouvoir se révolter contre le nouveau royaume d'Italie. Elle s'impose dans les institutions légales en s'alliant avec certains hommes politiques véreux, ou encore en recrutant des anciens soldats sous les ordres de Garibaldi (celui qui rassembla les principautés du Sud de l'Italie, dont la Sicile, avec l'expédition des milles en 1860). Il ne faut pas oublier, non plus, que la Mafia se reposait sur des valeurs traditionnelles comme la famille, d'ailleurs la mafia restait une affaire de lien familial : les mafieux se mariaient dans la famille plus au moins éloignée et les fils devenaient à leur tour des membres à part entière de cette famille mafieuse. De plus, elle respectait les autres, c'est-à-dire qu'elle n'usait de la violence qu'en ultime recours. A cette époque son champs d'action se limite à la protection de grandes propriétés en remplaçant la noblesse locale, et à faire payer à tous les commerçants une taxe de protection appelée "il pizzo" : les membres de la Cosa Nostra qui s'occupe de récupérer le pizzo et protéger les terres agricoles sont nommés les "gabbeluti".

             En 1870, la mafia sicilienne gagne plus d'ampleur avec la situation entre l'État et le Pape : le Pape se met en opposition à l'État italien après la prise des États de l'Église il se déclare oppressé par le gouvernement italien, les catholiques se joignent alors à sa cause contre les autorités, et la Sicile étant fortement catholique ses habitants se tournent vers la Cosa Nostra pour être protégés.

            Plus tard les mafias débutèrent à entretenir des relations avec de grands hommes politiques et des hommes d’affaire, leur ampleur augmentait alors grâce à leurs connaissances haut placées. Ce lien entre les mafias, le monde politique et le monde des affaires fut dénoncé par l’assassinat d’Emanuele Notarbartolo, l’ancien directeur de la Banque de Sicile, le 1er février 1893. On accuse alors un député palermitain appelé Raffaele Palizzolo, qui était également un membre du conseil d’administration de cette banque, d’avoir orchestré ce meurtre pour se venger de l’ancien directeur : Notarbartolo avait contré les spéculations financières peu scrupuleuses de Palizzolo et ses amis mafieux. Le député l’avait tué grâce à l’aide du mafioso Giuseppe Fontana qui avait exécuter cette manœuvre. Même si ce procès fut étouffé par l’influence de la mafia sicilienne sur le gouvernement, cet évènement fut la première démonstration de ces liens dangereux à la population.

             En parallèle d’autres formes de crime organisé qui pourrait se définir par le terme mafia sont repérés dans le reste du territoire italien même si elles sont moins importantes que le modèle sicilien. Tout d’abord dans la région de Naples, on observe dès la création de l’unité italien, une organisation criminelle sous le nom de Camorra qui s’enracine dans les quartiers populaires de ce centre urbain et s’infiltre même dans des corps militaires tels que la garde nationale. Ses activités touchent, pour la grande majorité, le commerce légal ainsi que le commerce illégal. Ce qui de nos jours ne s’est pas vraiment modifié. Puis dans la région calabraise, on note l’apparition d’une forme de délinquance organisée appelée ‘ndrangheta qui pratiquent les mêmes activités d’une mafia. Cette dernière se situe principalement dans les grands centres urbains de Calabre, mais aussi dans l’Aspromonte.

              Tout commençait alors bien pour que la mafia connaisse une influence importante en Italie, mais une cinquantaine d'années plus tard, l'Italie fut sous le régime fasciste de Mussolini : cette période ébranla la société mafieuse.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×