La guerre antimafieuse pendant le mouvement fasciste

      L’Italie connu différentes périodes dans lesquelles l’État était en lutte contre les mafias de manière à éradiquer toutes formes de pouvoir que ces dernières s’étaient appropriés. Le premier à attaquer la mafia fut le dictateur fasciste Mussolini au début du 20e siècle. Et plus récemment vers 1980 le gouvernement italien mit en place de nombreuses méthodes pour arrêter l’ascension de la mafia au sein de la société.
      
       En octobre 1922, le dictateur fasciste Benito Mussolini (1883-1945) instaura un régime plutôt totalitaire en Italie (bien que les historiens aient des idées assez controversées sur la définition de ce régime). Par conséquent, il régnait en maître sur l’Italie et ne souhaitait pas d’un pouvoir qui prendrait une place équivalente à son autorité. Son voyage en Sicile en mai 1925 l’informa qu’une organisation criminelle sicilienne répondait à cette forme de pouvoir : la mafia, nommée en Sicile la Cosa Nostra. Par crainte de perdre son autorité sur l’île et afin d’empêcher tout mouvement séparatiste, il déclara dans un discours prononcé à Trapani devant la population sicilienne son intention de faire disparaître toute trace de la mafia sur le territoire et dans les esprits des siciliens. Puis il prononça de nouveau ce discours en 1927 devant la Chambre des députés, dont voici un extrait :
     « Messieurs, il est temps que je vous révèle la mafia. Mais avant tout je veux dépouiller cette association de brigands de cette espèce de charme poétique, qu’elle ne mérite absolument pas. Que l’on ne parle pas de noblesse et de chevalerie si l’on ne veut pas insulter réellement toute la Sicile. […]
      Vous me demanderez : mais quand finira la lutte contre la mafia? Elle finira lorsqu’il n’y aura plus de mafiosi.
       Elle finira également lorsque le souvenir de la mafia aura définitivement disparu de la mémoire des Siciliens. »
   Ce discours exprime bien le désir du ``Duce`` de mettre en place des méthodes radicales pour faire oublier à la population jusqu’au nom de la mafia, cela afin d’être le seul dirigeant de l’Italie et de rétablir son image auprès des peuples sous l’influence mafieuse.
     
        Il nomma à la tête des opérations anti-mafia le préfet "de fer" Cesare Mori  qui lança une vaste campagne contre la Mafia sicilienne entre 1925 et 1929. Il eut recours à maintes procédures judiciaires pour décrier les différents membres de la Cosa Nostra.
      Avec l’aide des Services Interprovinciaux de la Police sicilienne, il opéra à des arrestations de masse dans les villages et dans de plus vastes espaces. Les mafieux arrêtés étaient inculpés sous le motif de délit d’association de malfaiteurs qui fut à l’origine de nombreux procès de masse. Un grand nombre de délits commis plusieurs années auparavant sont alors réglés. Plus tard, lors des grands procès contre les familles mafieuses, la mafia fut définie comme une organisation hostile à l’État et réprimée, au moyen d’une interprétation extensive du Code pénal sur le motif évoqué précédemment, ce qui permis un plus grand nombre d’inculpations.
      Un autre objectif de cette opération anti-mafia était de déprécier le prestige de cette organisation au sein des habitants de communes semblables pour qu’ils reconnaissent comme seul pouvoir celui du dictateur : ils délocalisèrent les mafias pour reprendre à ces dernières le contrôle de leurs territoires, par conséquent de leur population.
       Une majeure partie des mafiosi siciliens furent obligés de fuir dans d’autres pays où leur autorité n’était pas encore remise en cause : la majorité partit reprendre la branche mafieuse américaine situé à New York et nommée autrefois la Mano Nera qui devient ensuite l’Union Sicilienne puis très vite la Cosa Nostra américaine.
      Après sa victoire contre la mafia, Cesare Mori voulut s’en prendre aux mafieux exerçant leur pouvoir dans le monde politique et dénoncer ces hommes politiques véreux soutenus par la mafia. Mais ces hommes politiques étaient des notables dans la société italienne et Mussolini ne pouvait pas se permettre de perdre ces relations. Il destitua alors Mori de son poste en juin 1929, puis à travers une politique de propagande il fit croire au peuple qu’il n’existait plus aucune trace de la mafia, bien qu’une grande partie des familles mafieuses exerçait encore leur pouvoir sur la population et les terres siciliennes. Les titres de journaux donnait des allures héroïques au dictateur Benito Mussolini qui était représenté tel un Hercule des temps modernes, par exemple un titre assez populaire pendant cette période fut : « Mussolini a étranglé le monstre dans son nid ». Mussolini voulait alors ramené la population sous son contrôle en se montrant comme seul protecteur de ce peuple. La mafia perdit alors son rôle de protectrice de la nation sicilienne.

         Plus tard, dans les années 1970, les chefs mafieux de la Mafia d’origine, n’ayant pas été incarcéré, se retirent de leur fonction. Il sont remplacés par de jeunes mafieux qui ne respectent plus aucune valeur traditionnelle et montrent leur pouvoir à travers les violences qu’ils exercent : ils transgressent alors le Code d’Honneur mis en place par les membres de la Mafia originelle. Une rivalité entre les différentes familles mafieuses s’installe pour la détention du pouvoir. Il s’ensuit une vague d’assassinat à l’encontre d’autres membres de la Mafia, mais également contre ceux qui exercent un pouvoir autre que mafieux, c’est-à-dire les personnes issu du gouvernement italien. Les premières victimes de cette vague d’assassinat, mené par la famille des Corleonesi (famille qui exerce son autorité sur la ville de Corlèone en Sicile, cette ville possède le taux de criminalité le plus élevé d’Europe), sont des membres du  gouvernement qui se sont opposé partiellement à la mafia : le député sicilien Pio La Torre et le préfet Della Chiesa en 1982.
       L’État italien observant cette violence de la part des mafias, lancent une nouvelle campagne anti-mafia.
        Dans les années 1980, le juge d’instruction Giovanni Falcone exploite des anciens mafieux, qui pour vivre une vie paisible et être libérés décide de dévoiler des informations capitales à propos de leur organisation au gouvernement et brise ainsi la loi du Silence (ou l’omerta). Grâce aux repentis, de grands procès contre la Mafia sont menés à terme, et de nombreux mafieux sont arrêtés. En 1982, à la suite d’un scandale sur l’intégration d’un homme politique en relation avec la mafia, la Commission anti-mafia créée en 1963 est réformée et devient plus drastique dans ses différentes actions. Dans la même année, le Sénat italien vote une loi qui insèrent deux nouveaux délits dans le Code Pénal : « l’association mafieuse » et « la concurrence illicite avec violence ». Cette nouvelle spécificité permet alors de purger les entreprises dominées par la mafia et ainsi de garantir au peuple un commerce plus sûr en supprimant cette concurrence. Cette loi s’accompagne également d’une possibilité de supprimer le secret bancaire qui permet à la Commission anti-mafia de vérifier les mouvement d’argent sale qui peuvent mener à leur source, plus précisément aux mafieux. Les repentis sont protégés dès la mise en place de cette loi puisque les interrogatoires peuvent, dès lors, être effectué à huit clos à l’écart des regards indiscrets. Ces précédentes méthodes d’investigation sont largement usitées par la suite puisqu’elles sont à l’origine de la régression de la mafia.
        Bien que Falcone a été assassiné en 1992, l’opposition gouvernementale contre la mafia est encore présente de nos jours. De l’été 1992 à celui de 1998, l’État italien déclenche l’opération militaire ``Vespri Siciliani`` (les Vêpres siciliennes) qui place l’armée italienne sur tout le territoire sicilien : cette dernière doit reprendre le contrôle de ces territoires. Elle remplace la police sicilienne dans ses actions et se montre sa présence armée pour inspirer la crainte aux mafieux qui voudraient déranger la tranquillité des villes instaurée par cette intervention du gouvernement, mais aussi pour rassurer la population sicilienne qui ne se sent plus en sécurité depuis les attentats à l’encontre des juges anti-mafia Paolo Borsellino et Giovanni Falcone, et qui souhaite se venger de cette organisation criminelle trop présente sur leur région.

       De nombreuses interventions contre la Mafia ont eu lieu, mais aucune n’a réellement réussi à l’éradiquer intégralement. Bien qu’actuellement le gouvernement italien tente de la restreindre, elle tient encore une place importante dans le monde des affaires ainsi que dans le monde politique, même si elle est moins présente qu’antérieurement.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×